Bach, délices et orgues…

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Du bon usage des intégrales…

L’être humain moderne raffole d’intégrales : grâce aux nouveaux médias, à la banalisation des supports techniques, chacun peut garder chez soi, à portée de main, tout Bach, tout Mozart, un mètre de Proust, deux de Hugo… Le mythe de Faust, affamé d’une connaissance universelle, s’est donc approché d’une réalité, d’une accessibilité accrue au savoir.

La première édition complète des partitions pour orgue de Bach s’étale de 1844 à 1852 (avec un supplément en 1904) – c’est l’édition de Griepenkerl et Roitzsch éditée chez Peters, encore et toujours l’une des plus courantes de nos jours. Quant à la Bach-Ausgabe, l’édition des œuvres complètes de Bach par la Bach-Gesellschaft, elle s’attaque à l’orgue en 1867 pour s’achever en 1893. Au vingtième siècle, on donna l’œuvre d’orgue en concerts : Marcel Dupré, célèbre virtuose et pédagogue français, la joua de mémoire en dix concerts en 1920. Marie-Claire Alain, son élève, l’enregistra quant à elle entre 1959 et 1967, suivie par bien d’autres.

Si la connaissance fait tant de progrès et qu’une intégrale Bach est devenue presque banale de nos jours, pourquoi continuer ? Quelles raisons poussent à se mesurer à ce défi, alors que tant d’autres oeuvres restent encore à découvrir ?

L’œuvre de Bach est avant tout un repère symbolique dans l’histoire de la musique. Son intérêt ne diminue donc pas avec le temps, mais sa perception évolue autant qu’évoluent nos connaissances de ce monde. De même, l’attrait de l’ascension de l’Everest demeure entier, même après la première réussite de 1953. Il est vrai, le repère perd un peu de son caractère universel pour devenir un exploit individuel. Mais l’importance du totem n’en reste pas moins universelle.

On peut alors constater un déplacement du centre d’intérêt de la démarche : d’abord concentré sur l’aboutissement, sur l’unique réussite, il se place dans un second temps sur la manière, sur le chemin qui y mène. Et c’est dans ce renouvellement, nouveau symbole de l’écoulement du temps, des mœurs, du rapport aux symboles, à l’histoire, dans cette évolution de la vision du monde que réside tout l’intérêt : comment faire aujourd’hui une intégrale Bach ?

En effet, beaucoup d’organistes l’ont faite, beaucoup sont capables de la faire – même si l’ampleur de la tâche demeure gigantesque ! De même, le public l’a probablement déjà entendue, en concert ou en disques, la possède dans sa discothèque, plus ou moins recouverte de poussière... Bien des gens ne s’en soucient à vrai dire guère, en connaissant l’existence sans y voir beaucoup d’intérêt. On peut d’ailleurs le comprendre : écouter près de vingt heures de musique d’orgue, dont environ deux tiers de chorals, est-ce vraiment très stimulant ?

Eh bien oui ! Cette musique demeure magnifique, magique, exceptionnelle, hors du temps. Ces chorals ont encore bien des choses à nous dire aujourd’hui. Mais c’est le contexte qui change et qu’il faut adapter : un contexte éclairant, inspirant, une mise en situation qui actualise la musique, qui la rend proche de nous, qui nous amène aussi vers son langage particulier.

Le choix de cette intégrale chênoise est donc bien de placer l’œuvre de Bach dans notre monde et de chercher l’actualité de son message. En confrontant des univers – l’orchestre, les chœurs, la liturgie, la poésie, la danse, le théâtre, etc. – en éclairant le sens intemporel des pièces, et en s’inscrivant ainsi dans l’histoire locale et peut-être, modestement, dans l’histoire de l’interprétation et de la musique…



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